Jérémy Brossard : « BFMTV a fait vivre la campagne en direct, et au plus près des acteurs et des événements »

Après les entretiens réalisés avec Thierry Arnaud et Adrien Gindre, découvrez notre troisième volet consacré à celles et ceux qui nous font vivre au plus près la Présidentielle 2012: les journalistes du service politique de BFMTV. Au coeur de la campagne présidentielle, nous avons interviewé Jérémy Brossard. Sur tous les fronts de la gauche, il couvre les meetings et déplacements de Jean-Luc Mélenchon et d’Eva Joly et nous raconte son expérience vue de l’intérieur.

Bonjour Jérémy, vous suivez tout au long de l’année principalement des hommes et femmes politiques de gauche. Pour cette Présidentielle, vous vous chargez de couvrir la campagne de Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly et Nathalie Arthaud, respectivement candidats du Front de Gauche, d’Europe Ecologie les Verts et de Lutte Ouvrière. Comment s’est effectuée cette répartition ?

Jérémy Brossard : J’ai rejoint le service politique fin 2010 dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012. J’ai été chargé de suivre la gauche aux côtés de Valérie Béranger notamment. En 2011, nous avons couvert les primaires d’Europe Ecologie les Verts, puis celles du Parti Socialiste. Fin 2011, lorsque la campagne présidentielle est entrée dans sa dernière ligne droite, j’ai donc logiquement continué à suivre les partis de gauche et leurs candidats à la Présidentielle. Essentiellement Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly. Cette répartition est tout à fait cohérente car on retrouve des thématiques communes et des liens entre les différentes forces politiques autour du PS. Des partis qui sont à la fois dans le même camp mais aussi en concurrence les uns avec les autres.

 

Jusqu’à présent, la campagne peine à décoller et à passionner les Français. Ils sont environ 30% à assurer ne pas savoir pour qui voter ou que leur choix n’est pas définitif. Comment peut-on expliquer ce relatif désintérêt, à une semaine du 1er tour* et alors même qu’une campagne électorale n’a jamais bénéficié d’une couverture médiatique aussi importante ?

jeremy_brossard_2J.B. : Des sondages montrent en effet un taux important d’indécision chez les électeurs. Cela ne signifie pas pour autant qu’il y ait un désintérêt pour cette campagne. Les meetings retransmis sur BFMTV ont été très suivis. Il y a eu des dizaines et des dizaines de milliers de personnes aux rassemblements de Jean-Luc Mélenchon que j’ai pu couvrir, à Paris, à Toulouse ou à Marseille. Sans doute y a-t-il une forme de perplexité des Français face à l’offre électorale cette année. Il y a aussi probablement moins de ferveur qu’il y a 5 ans. Seuls les chiffres de la participation au soir des 2 tours pourront nous dire si les électeurs se sont ou non vraiment désintéressés de cette élection**.

 

Depuis le lundi 9 avril, les médias doivent respecter l’égalité du temps de parole entre les 10 candidats à l’élection présidentielle. Cette équité entre « petits » et « grands » candidats n’est-elle pas un casse-tête pour une chaîne d’info en continu comme BFMTV ? Comment s’effectue concrètement le décompte du temps de parole, notamment lorsque vous interviewez un candidat ?

J.B. : L’égalité stricte du temps de parole dans cette fin de campagne a effectivement été difficile à gérer. Nous avons respecté les règles du CSA même si celles-ci mettent les rédactions dans une logique plus comptable et mathématique que proprement éditoriale. Sur le terrain, nous ne nous sommes jamais censurés. Nous avons fait toutes les interviews de politiques ou de militants que nous souhaitions faire. Nous avons modulé ensuite au jour le jour en fonction du temps de parole qui restait pour chacun des candidats.

 

En 2007, BFMTV avait retransmis dans une relative indifférence le débat Ségolène Royal/François Bayrou entre les deux tours de la Présidentielle, alors qu’aucune autre chaîne ne souhaitait le diffuser. Aujourd’hui, BFM est reconnue dans le PAF, le regard du monde politique sur la chaîne a semble-t-il changé, qu’est-ce qui rend BFMTV incontournable désormais ?

J.B. : BFMTV est la première chaîne d’info de France. Son audience ne cesse de progresser. Dans tous les QG, dans toutes les rédactions il y a un écran branché sur BFMTV. La chaîne est donc devenue incontournable pour l’ensemble des candidats.

Depuis plusieurs semaines et pour sa deuxième présidentielle, BFMTV ne déroge pas à son leitmotiv « priorité au direct », donnant la part belle aux retransmissions d’un maximum de meetings, « Une journée avec… » propose en outre de suivre un candidat durant toute une journée… L’éclosion d’une chaîne comme BFMTV a-t-elle fait évoluer les codes médiatiques entourant une élection présidentielle ?

J.B. : Oui, c’est sans doute la première campagne présidentielle qui a été retransmise de cette manière en temps réel. Meetings, interviews, reportages, déplacements… BFMTV a fait vivre la campagne en direct, et au plus près des acteurs et des événements. Les équipes de campagne des candidats ont intégré la réactivité, le rôle et l’impact de BFMTV. Les déclarations et les différents débats de la campagne ont pu être relayés en direct pendant toute la campagne. Nous avons été fidèles à notre mission de rendre compte de la campagne au fil des jours. Parallèlement à cette couverture, nous avons cherché aussi à offrir un autre regard, comme par exemple avec une journée passée avec chacun des candidats.

Parlons justement de « Une journée avec… », rendez-vous inauguré le 6 mars avec Jean-Luc Mélenchon, où vous avez également accompagné durant une journée Nathalie Arthaud (le 28 mars) et Eva Joly (8 avril). Comment se déroule concrètement cette plongée dans le quotidien d’un candidat en campagne ? A quel point vous êtes-vous immiscé dans leur vie quotidienne ?

J.B. : Pour chacun des candidats nous avons choisi une journée type, représentative du quotidien d’une campagne (meeting, réunion, déplacement). Une journée dans laquelle des moments privilégiés nous ont été réservés. Il s’agissait de faire parler les candidats d’une manière différente. Sortir des discours politiques pour faire vivre une campagne en coulisses. Nous avons pris le petit-déjeuner avec Eva Joly ou encore pénétré dans la loge de Jean-Luc Mélenchon à quelques minutes de son meeting à Rouen. Les 3 candidats que j’ai pu suivre ont tous apprécié l’exercice, pas mécontents de parler de leur campagne d’une autre manière même s’il est parfois difficile pour eux de sortir du discours politique classique et de parler d’une manière plus personnelle.

 » Il existe une distance réelle malgré le suivi d’une campagne au quotidien « 

Jérémy Brossard

A force de côtoyer quasi quotidiennement les candidats, le journaliste que vous êtes ne devient-il pas acteur de l’élection au même titre que les politiques ? N’y a-t-il pas risque de connivence entre l’homme politique et le journaliste ?

J.B : Non, nous ne sommes pas acteurs de l’élection au même titre que les politiques. Le téléspectateur peut peut-être avoir cette impression car nous sommes souvent à l’antenne et parfois même aux côtés du candidat, mais chacun reste à sa place. Notre rôle est simplement de faire vivre la campagne, de raconter les déplacements, les meetings. A force, nous finissons par bien connaître l’équipe de campagne avec laquelle nous travaillons chaque jour mais le candidat, lui, garde une position à part, moins accessible. Les temps d’échanges avec la presse restent bien délimités dans le cadre de conférence de presse par exemple. Il existe une distance réelle malgré le suivi d’une campagne au quotidien.

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On assiste à une véritable montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon, à la lutte avec Marine Le Pen pour devenir le « troisième homme » de l’élection présidentielle. Sur le terrain, constatez-vous également cet engouement, cet enthousiasme qui se crée autour de Jean-Luc Mélenchon ?

J.B : Oui Jean-Luc Mélenchon a clairement été la surprise de cette campagne… Au début, il faisait des déplacements peu suivis, devant de petites assemblées, et au fur et à mesure les foules ont grossi. Villeurbanne, Rouen, la Bastille, Toulouse, Marseille. Beaucoup de jeunes qui venaient  pour la première fois à un rassemblement politique. Ces meetings en plein air, à la façon des indignés, ont trouvé leur public. Il a réussi à incarner et donner une voix à une colère populaire face à un système politique et financier vécu comme particulièrement injuste.

Lui qui dit ne pas vouloir participer à l’éventuel gouvernement de François Hollande, Jean-Luc Mélenchon pourra-t-il peser dans l’entre-deux tours ? De quelle façon ?

jeremy_brossardJ.B : Il a clairement dit qu’il appellerait à faire battre la droite et donc à voter pour le candidat de gauche le mieux placé au deuxième tour. Il s’agit de permettre l’alternance le 6 mai prochain tout en essayant de maintenir sa dynamique de campagne et continuer à exister à côté du PS. Le Front de Gauche veut incarner un recours à gauche, certain que la France sera attaquée par la finance dès le lendemain de l’élection. Au-delà de la Présidentielle, le résultat du Front de Gauche aux Législatives sera déterminant pour enraciner ou non cette nouvelle force dans le paysage politique.

 

Il semble qu’il y ait un véritable déséquilibre des forces en présence et que les « petits » candidats ne doivent se partager que les miettes au soir du 1er tour, notamment Eva Joly et Nathalie Arthaud… Ressentez-vous une certaine résignation ou un essoufflement dans la fin de campagne de ces deux candidates ?

J.B : Leur situation n’est pas la même. Eva Joly représente une force politique qui a réalisé des scores à deux chiffres lors des dernières Européennes et Régionales. Il y avait dont l’espoir de faire un bon résultat dans cette élection. Beaucoup d’écologistes ont hâte de tourner la page de cette campagne particulièrement difficile et décevante si la candidate réalise les faibles scores que lui prédisent les sondages. Concernant Nathalie Arthaud, elle participe à sa première campagne. Elle a pris la succession d’Arlette Laguiller, personnage politique populaire. Les ambitions étaient sans doute plus modestes du côté de Lutte Ouvrière. Il s’agissait surtout de faire connaître Nathalie Arthaud et d’assurer l’après Arlette Laguiller.

Elue face à Nicolas Hulot lors de la Primaire d’Europe Ecologie les Verts, Eva Joly n’a jamais décollé dans les sondages. Si le 22 avril son score ne dépassait pas les 2% et alors que le parti avait pesé aux côtés du PS lors des dernières élections (Régionales, Cantonales), ne risque-t-il pas d’y avoir implosion au sein du parti ? Ou, tout au moins, le parti Vert pourra-t-il se relever après un tel échec à quelques semaines des Législatives et jouer un rôle dans le futur gouvernement de François Hollande s’il est élu ?

J.B : La direction d’EELV a misé sur les Législatives. L’accord signé avec le Parti Socialiste leur garantit entre 15 et 30 sièges de députés et donc la constitution d’un groupe à l’Assemblée Nationale. Ce serait une première et cela permettrait au parti d’exister politiquement avec sans doute des ministres au gouvernement. De nombreux cadres du parti ne cachent pas leur envie de faire partie d’un prochain gouvernement de gauche. Les Verts espèrent que ce scénario permettra de faire rapidement oublier un possible mauvais score d’Eva Joly.

Lorsque vous avez suivi Eva Joly pour « Une journée avec… », vous lui avez demandé quel était son secret pour tenir le rythme effréné de la campagne. Et vous, quel est votre secret ?

J.B : Dans la mesure du possible : bien dormir. Ne pas laisser s’accumuler la fatigue et les heures de sommeil en retard. Un peu de natation quand l’emploi du temps le permet, histoire de se détendre. Les prochaines vacances seront en tout cas très appréciées !

 

Merci à Jérémy Brossard pour cet entretien au coeur de la Présidentielle.

* Note: L’entretien a été réalisé avant le premier tour de l’élection présidentielle.
** Résultats officiels d’après le Ministère de l’Intérieur : 79,48 % de participation au 1er Tour

Merci de laisser vos commentaires en bas de cette interview.

 

Mat

Rédacteur en charge des sections et entretiens pour BFM.

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  • Cyril

    Merci pour cette interview !
    Vous faites forts 😉

    C’est vrai que j’ai bien aimé ce principe d' »une journée avec ».
    Encore un journaliste passionné, sympathique et professionnel.
    Il est vrai que ses journées, comme tous les autres sur le terrain, doivent être éprouvantes.
    En revanche, je ne savais pas qu’il était présentateur joker. Je ne l’ai encore jamais vu présenter un JT.

  • Gabriel

    Merci pour l’interview !

    Jérémy Brossard a été sur tous les fronts pendant cette campagne, j’espère qu’il aura quelques jours de congés pour récupérer de tout ça après le 6 mai !

    Bravo pour vos interviews et continuez, je me régale !

    Gaby

  • le president Morsay va ; tres vite devenir c un president de la france et de la republique .

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